Association Pontigny en lumière
25 janvier 2026

Mémoires de Pontigny: LE BARRAGE DE SEIGNELAY

Les projets de barrages-réservoirs en amont de la Seine allaient marquer le 20ème siècle afin de faire face aux risques de crue dans l’agglomération parisienne. Le barrage de Seignelay est dans la liste des projets, évoqué dès 1925, puis en 1926, 1945, 1952, 1989 et encore en 1997.

Le projet de barrage est publié en 1952.

En 1952, c’est l’effervescence à Seignelay, Héry et Pontigny. On a pris connaissance d’un projet d’établissement par la Ville de Paris d’un barrage et d’un lac artificiel dans la basse vallée du Serein ayant en son centre Seignelay. Sur le territoire de la commune de Beaumont, une digue de 24 m de hauteur et de 2270 m de longueur serait construite. Dans la vallée, 353 bâtiments et 2000 hectares de culture et de prairies seraient submergés. L’usine pyrotechnique serait déplacée. Il y aurait également nécessité d’établir une communication entre les deux rives du Serein, etc...

 

   

 

Le conseil municipal de Pontigny se mobilise.

Le sujet est abordé à trois reprises lors des conseils municipaux de cette année 1952 pour s’opposer à ce « monstrueux projet », selon l’expression des habitants du village.

Le 21 mai, les élus et Jean Aléonard le maire, prennent connaissance d’un rapport relatif à la mise à l’étude de ce projet. Il est précisé : « Les répercussions locales de la réalisation d’un tel projet aux point de vue agricole, industriel, habitations, communication etc. constitueraient une catastrophe irréparable pour toute la région

 

envisagée, dans tous les domaines sans que pour cela apporte la sécurité recherchée par la Capitale ». Le conseil municipal prend une délibération qui demande « au parlement du département de s’employer énergiquement auprès des Pouvoirs Publics pour obtenir l’abandon du projet en question.»

Le 8 octobre, « Le Conseil désigne un comité pour assister à la réunion d’information et de protestation provoquée par le Conseiller Général et Maire de Seignelay Mr. Poulet au sujet du barrage de Seignelay. »

 

Le 22 octobre une nouvelle protestation à l’adresse du préfet est faite :

« Le Conseil municipal ému du projet d’édification d’un barrage dans la basse Vallée du Serein, pour constituer un lac artificiel, ce qui inonderait une grande partie des habitations de la Commune et quelques 500 hectares de terre et rendrait le reste de la Commune insalubre par suite de la baisse des eaux en période d’été, proteste à l’unanimité contre cette réalisation.

Demande à Monsieur le Préfet d’appuyer de tout son pouvoir la non réalisation de ce projet dont l’utilité ne compenserait pas les pertes subies dans toute cette région. Vote une cotisation de 5 francs par habitant soit 5x596 =2980 francs à verser au comité de défense contre le barrage de Seignelay et demande à Mr. Le Préfet l’autorisation d’en prélever le montant sur les fonds libres».

 

Le journal Le Monde publie deux courts articles.

Le premier article est publié le 24 décembre 1952

 

« LES AMIS DE PONTIGNY (déjà en 1952) S'ÉMEUVENT D'UN PROJET QUI CRÉERAIT UN LAC ARTIFICIEL AUTOUR DE L'ABBAYE

 

« La célèbre abbaye de Pontigny demeurera-t-elle dans l'état où elle se présente aujourd'hui à nous ? Vraie ou fausse, la crainte de la voir un jour cernée par les eaux a dès maintenant suscité de vives protestations. Aux dires de plusieurs correspondants un "comité d'initiative pour l'aménagement du bassin de la Seine " a en effet élaboré un projet qui prévoirait le barrage du Serein et la constitution à Beaumont (Yonne) d'un lac artificiel de 8 000 hectares et de 10 kilomètres de longueur. Si ce projet, destiné à stabiliser le plan d'eau de la Seine jusqu'à Montereau et mettre la région parisienne à l'abri des inondations était exécuté, quatre villages : Hauterive, Seignelay, Héry et Pontigny, seraient plus ou moins touchés. L'abbaye elle-même serait entourée d'eau et son existence menacée. L'académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, alertée par l'un de ses membres, M. Charles Oursel, bibliothécaire honoraire de la ville, vient d'adopter un vœu demandant que soit conservée l'abbaye, depuis longtemps entrée dans l'histoire et sur laquelle les Décades internationales de Paul Desjardins, attirèrent de nouveau l'attention pendant l'entre-deux-guerres. M. Léon Noël, député de l'Yonne, le conseil général, la chambre d'agriculture et plusieurs personnalités politiques du département se sont émus de la menace qui pèse sur un monument aussi riche de souvenirs. Quant à M. Abel Moreau1, il nous écrit : " Nous voulons sauver Pontigny, mais nous voulons aussi sauver toute la vallée, une des plus riches et des plus humaines qui soient." Ces inquiétudes sont-elles justifiées ? Le ministère des travaux publics le conteste. Il nous a été affirmé que le projet n'en est encore qu'aux études préliminaires. Il fait partie d'un programme qui comporte, outre des ouvrages déjà réalisés, les projets des barrages-réservoirs de Seine-Aube et Marne-Seine, qui seuls ont été approuvés par le Conseil général de la Seine. À supposer que les crédits nécessaires puissent être obtenus rapidement, la construction de ces barrages demandera des délais. On ne peut donc préjuger les conséquences d'un projet encore à l'étude, aucune réalisation n'étant prévue pour l'instant.»

 

Le deuxième est publié le 26 décembre 1952

 

« L’ABBAYE DE PONTIGNY NE SERA PAS ENVAHIE PAR LES EAUX DU FUTUR BARRAGE DU SEREIN »

 

« Nous avons dit dans " le Monde " du 24 décembre l'émoi des amis de Pontigny apprenant qu'un barrage-réservoir destiné à régulariser le cours de la Seine était projeté dans la vallée du Serein et créerait ainsi un lac artificiel autour de l'abbaye. La même inquiétude avait été manifestée à la séance du Conseil général de la Seine du 12 décembre par M. Massiani, qui demanda à l'administration de bien vouloir rassurer l'opinion à ce sujet. Le directeur des services techniques ne put donner un apaisement sur l'heure. Mais hier mercredi, dans la soirée, M. Massiani a reçu la note suivante qu'il a communiquée à la presse : " Les dispositions essentielles du barrage-réservoir projeté dans la région de Seignelay ne sont pas encore déterminées, et de toute façon le parvis de l'abbaye de Pontigny, situé à la cote de nivellement 115 serait situé plusieurs mètres au-dessus de la cote du plan d'eau, qui, vraisemblablement, restera au-dessous de la cote 112. Toutes précautions d'ailleurs seront prises pour préserver les abords immédiats du monument historique. »

On comprend que le projet n’est pas abandonné et l’inquiétude perdurera longtemps à Pontigny et dans la vallée du Serein.

 

Le projet refait surface en 1997.

Dans un article de l’Yonne républicaine paru le 8 novembre 1997, Pierre Chambon, alors conseiller général de Seignelay, réunit tous les maires concernés pour débattre d’un nouveau projet de barrage, moins important que celui de 1952, préparé par l’agence de bassin Seine Normandie dès 1989. Il ne semble pas que ce nouveau projet ait provoqué une mobilisation des élus et des habitants.

 

Projet définitivement abandonné ?

En 2009, une nouvelle rassurante celle là, semble mettre un terme au projet de barrage. Pascal Popelin2 publie cette année là, un livre intitulé « Le jour où l’eau reviendra ». Ce livre est consacré à la crue centennale de la Seine en 1910, aux actions engagées durant un siècle, à ce qui se produira lors de la prochaine crue majeure et à ce qui pourrait être fait pour en atténuer les effets.

Dans cet ouvrage, l’auteur revient sur le projet de barrage de Seignelay. Il écrit pages 110 et 111: « Quant au projet de Seignelay, sur le Serein, il ne verra jamais le jour. Il impliquait trop d’expropriations et fut donc jugé trop onéreux. D’autant qu’il ne pouvait se concrétiser sans la submersion de l’abbaye de Pontigny, deuxième abbaye cistercienne de France, bâtie au XII siècle.»

Ce désastre annoncé inspirera artiste, poétesse et écrivaine.

Si nous connaissons bien Jean-Pierre Gonnin comme sculpteur, nous le connaissons moins comme céramiste, activité qui fut la sienne au début de sa carrière artistique. Dans les années 1960, il réalisera un panneau composé de carreaux en céramique de 15cm sur 15cm, d’un format total de 1,50m sur 0,90m qui représentait l’église engloutie, une image de fin du monde. Il en ignore le destin puisqu’il l’a vendu. J’ai heureusement retrouvé une photo, mais pas le panneau lui-même. Je poursuis ma recherche et je suis assez optimiste dans la réussite de mon enquête.

 
 

 

Valentine Goepp, professeur de français et poétesse à ses heures, écrivit un poème intitulé « Lamento sur la disparition projetée de Pontigny qui possède une abbaye du 12ème siècle ». Vous le trouverez en pièce jointe.

Jacqueline Baudières (de son vrai nom Jacqueline Rohmer) publie en 1983 un ouvrage intitulé « Ma vallée du Serein ». Parlant du barrage, elle écrit : « Des vandales seraient allés jusqu’à l’exécution de leur projet. St-Edme n’a pas voulu. Alors ils ont renoncé à faire de l’abbaye une cathédrale engloutie et ils ont exécutés leurs mauvaises œuvres près de Troyes dans la forêt d’Orient ».

Jacqueline Baudières Rohmer a bien compris qu’à Pontigny, il faut savoir s’en remettre à St-Edme, notre protecteur.

 

Les projets de retenues d’eau définitivement abandonnés en amont de la Seine à Paris ?

Paris et ses alentours sont-ils protégés des conséquences du réchauffement climatique et de possibles pluies diluviennes ? La question des retenues d’eau en amont de Paris n’est peut-être pas enterrée.

 

Novembre 2025

C. Henriat

 

 1.Abel Moreau est un poète, journaliste historien, né le 01/08/1893 à Seignelay, mort en 1977. Il écrira un ouvrage     intitulé « Pontigny » paru en 1950.

 

2.Né en 1967 à Paris, Pascal Popelin a été un homme politique socialiste. Il exerça différents mandats dont celui de député dans la 12ème circonscription de Seine-Saint-Denis. Il a été administrateur puis président de l’agence de l’eau Seine-Normandie et président de l’établissement des grands lacs de la Seine. Il a mis un terme à sa vie politique en 2017.

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Cette association a pour objet d’organiser diverses manifestations d’ordre culturel et social à Pontigny. Elle cherchera à mieux faire connaître Pontigny, pour mettre en lumière son histoire et son patrimoine, en développant des synergies à partir de son environnement culturel, touristique et économique.
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