Association Pontigny en lumière
25 janvier 2026

Mémoires de Pontigny : LE CAFE POUILLOT

Jean-Pierre et Françoise étaient installés à Melun. Jean-Pierre  travaillait à la SNECMA comme ajusteur. Des problèmes de santé l’ont obligé à abandonner ce métier. Il lui arrivait de faire des extras comme serveur. Françoise travaillait  chez ses parents qui avaient un bar hôtel taxi dans cette même ville. C’est dans cet établissement qu’ils se rencontrent. Après leur mariage, ils décident d’acquérir un bar hôtel restaurant. Ils recherchent dans l’Yonne, afin de se rapprocher de la famille icaunaise de Françoise.  Leur choix se portera sur l’hôtel Saint Vincent de Pontigny. Ils arrivent en 1965. Lui avait 32 ans, elle 21.

 

Les Poupouille[1] ou 35 années de vie à l’hôtel Saint-Vincent

« C’est à la famille Rodot que nous avons acheté l’Hôtel Saint Vincent, situé 40 rue Paul Desjardins. Nous l’ouvrons le 1er octobre1965.   Nous ne nous doutions pas que nous y passerions 35 années de notre vie, jusqu’au 30 septembre 2000 ».

 

Une activité qui a évolué au cours du temps

En bas, comme aujourd’hui, se tenait le bar. Au début, nous avions un comptoir en cuivre : les jeunes venaient le frotter le soir. On l’a remplacé peu de temps après notre arrivée car il  était trop petit. Çà a été une révolution ! On a été traités de fous !

 

Au premier étage, il y avait des chambres régulièrement louées à des ouvriers ou des vacanciers, des parisiens qui venaient en vacances et qu’on avait en pension. Ils arrivaient à Laroche par le train et prenaient les cars de Bourgogne jusqu’ici. Cette activité hôtelière dura pendant une vingtaine d’années.

Nous assurions la restauration sur une cuisinière à charbon, le midi et le soir pour les pensionnaires ; nous l’avons fait aussi  pour les habitants ou les gens de passage comme les représentants de commerce ou les routiers.

Nous avons aussi accueilli baptêmes, communions et mariages.

Mais ce n’était pas là notre seule activité.  Le dimanche, de quatorze heure à dix-neuf heures, on organisait des matinées dansantes avec des orchestres locaux dans notre salle de danse au premier étage. Les garçons payaient leur place ; les filles, elles,  entraient gratuitement. On dansait la valse, le tango, mais aussi le rock. C’était le rendez-vous des jeunes des alentours, ceux de  Montigny la Resle, de Lignorelles, des Prés du Bois, de Lordonnois, d’Héry, de Venouse, de Rouvray, de Flogny... Bref, ça plaisait bien. Jusqu’à trois cents personnes pouvaient venir dans l’après-midi.

On y faisait également des bals en soirée, celui de la Sainte Barbe avec les  pompiers ou des bals costumés  pour le club de foot.

Mais en 1970, après le dramatique incendie du Cinq-Sept[2],  une loi nouvelle impose des règles de sécurité pour les salles recevant un public nombreux, comme par exemple l’obligation de sorties de secours. Or les lieux ne nous  permettaient pas de faire ces travaux. On abandonna les bals avec beaucoup de regrets.

Cette salle  a ensuite abrité le club de ping-pong et les tournois interclubs locaux avec les équipes de Beine, Gurgy... Le club de Pontigny a fini champion de Bourgogne. Dans l’équipe, il y avait Michel Picard, Marc Fromonot, Lou Baille, Jean-Pierre Pouillot, Michel Saussey….

Pour compenser la fermeture du bal, nous avons alors relancé le restaurant. Le midi, en été , il nous est arrivé de faire 80 couverts en deux services. 

Et bien sûr,  on a placé un baby-foot, puis un jukebox avec une ossature en bois laqué rouge, et puis encore des flippers. Les jeunes se donnaient rendez-vous chez nous, ils laissaient leurs vélos devant la porte. En été durant les vacances, ils passaient avant et après la baignade…

Vers 1980, on a eu le tabac. On vendait donc les cigarettes et accessoires, mais aussi de la bibeloterie (pots à tabac, couteaux Laguiole, briquets, montres, piles, et bien d’autres choses encore). On vendait aussi les cartes de pêche.

L’ambiance était familiale. Les parents étaient rassurés de savoir leurs enfants chez nous plutôt qu’ailleurs. Nous gardions un œil sur eux. 

Un ado de l’époque témoigne : « Le mercredi après-midi et le samedi, on jouait au baby foot chez Pouillot, tous les jeunes de Pontigny, sans exception. On laissait les vélos devant la porte. Il était très sympa Monsieur Pouillot ; il acceptait qu’on se rassemble  dans le petit coin, là-bas, au fond du bar, sans consommer parce qu'on n'avait pas beaucoup d'argent ».

 

Une implication très importante pour l’animation du village.

« Bien que très occupés par notre commerce, nous avons trouvé le temps de nous impliquer dans les animations du village. Nous avons monté  des représentations théâtrales chez Alice Chardon,  (le routier fermé récemment) au profit du club de foot. Françoise jouait la comédie et Jean-Pierre faisait des tours de magie.

 

Jean-Pierre a mis en place une chorale avec les enfants de l’école.

« Le chant, je connais, j’ai été Petit chanteur à la croix de bois, à Melun, durant quatre années. J’ai même fait une tournée avec ce chœur en Italie pour donner quatre concerts, dont un à Rome. J’ai donc mis en place une chorale avec les enfants. Les répétitions se faisaient dans la salle de bal. Accompagné d’un guide-chant, je leur  apprenais le répertoire de Chantal Goya.   Le groupe se produisait  au goûter du troisième âge organisé en fin d’année.  Deux enfants du village, Delphine et Cyril  Henry, musiciens, accompagnaient le groupe ».

 

Il a également été un accompagnateur précieux des classes de neige.

« Il m’est arrivé par deux ou trois fois d’accompagner les classes de neige. C’est dans des circonstances bien particulières,  au pied levé, à 5 heures du matin que je suis parti. Un accompagnateur manquait, alors l’institutrice, Marie Châtelain me téléphonait. Je préparais ma valise en quelques minutes et je rejoignais le car ! »

 

Le comité des fêtes et le conseil municipal

Mr et Mme Pouillot ont également été très investis dans le comité des fêtes  dès sa création en 1981, et dans bien d’autres  associations du village : les Amis de Pontigny,  L’AS Pontigny, la grange de Beauvais, le club intergénération, Pontigny 2014, les ateliers de l’orangerie…

Jean-Pierre a été conseiller municipal par deux fois, de 1977 à 1983 sous la mandature de René Pisceri, puis de  1989 à 1995 sous la mandature de Jacques Vancraenenbroeck. C’est très logiquement qu’il était chargé des animations et des fêtes du village.

 

Une vie bien remplie

Aujourd’hui, Françoise et Jean-Pierre s’intéressent  toujours à la vie du village et des associations. Cette année encore, Françoise a participé au vide-grenier comme bénévole. Ils participent aux animations du club intergénération les mardis après-midi, ils assistent aux  concerts d’orgue, ils se rendent régulièrement à la grange de Beauvais. L’un comme l’autre, ils sont toujours  au contact des autres. 

Novembre 2025

C. Henriat


[1] Poupouille, c’est le petit nom amical qui leur a été attribué par la clientèle. C’est aussi le nom d’une recette de cuisine, « la poupouille » à retrouver sur le site de Marmiton, à faire absolument. Avouez que pour des restaurateurs, avoir le nom d’une recette, c’est plutôt flatteur.

[2]  La discothèque du Cinq-Sept , à Saint Laurent du Pont dans l’Isère, prit feu le 31 octobre 1970 et fit 146 victimes.  Ce drame eut un retentissement national et aboutit à la loi citée un peu plus haut

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Cette association a pour objet d’organiser diverses manifestations d’ordre culturel et social à Pontigny. Elle cherchera à mieux faire connaître Pontigny, pour mettre en lumière son histoire et son patrimoine, en développant des synergies à partir de son environnement culturel, touristique et économique.
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