Mémoires de Pontigny: AVENUE DE L'ABBAYE
En 1960, l’Avenue de l’abbaye est classée aux monuments historiques.
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Avenue ou Allée de l’abbaye ?
Les dénominations officielles des rues des villages et la numérotation des habitations est à l’initiative de l’administration des PTT qui en fait la demande aux communes de l’Yonne en 1965. A Pontigny « on décide de créer et de réunir une commission urbanisme afin de procéder à l’identification des domiciles qui a été demandée par M. le Directeur Départemental des Postes et télécommunications ».
La commission termine son étude en avril 1966. Le conseil municipal décide de commander les plaques nécessaires à la dénomination des rues et au numérotage des logements. « Elle demande à la famille Merle, l’autorisation de donner le nom d’Andrée Merle[2] à une rue de la commune. »
C’est le 8 juillet 1966 que le conseil municipal officialise la dénomination des rues de la commune : « rue Paul Desjardins, Route d’Auxerre, rue abbé Tauleigne[3], rue Château Gaillard, Rue Rabé (autrefois rue aux canes), rue de la Tuilerie (du nom du hameau situé à l’extrémité de cette rue), rue du Château Gaillard (le « du » a disparu dans la dénomination de cette rue), rue Pasteur, rue Andrée Merle, rue Feuillée, route de Chablis, rue Roncenay, avenue de l’abbaye du monument aux morts à la basilique[4]. »
Cette année là, on comptait 13 rues ou routes, en 2026 il y en a 22. La vingt-deuxième vient d’être créée lors du conseil municipal du 22 septembre 2025. il s’agit de la route de Saint-Florentin, en prolongement de la rue Paul Desjardins.
Pontigny possède bien une avenue, celle de l’abbaye, c’est le nom officiel de cette voie de circulation. Dans les archives, on retrouve déjà cette dénomination mais nous n’en connaissons pas encore l’origine. Pourtant, c’est le terme allée qui est utilisé usuellement.
Les travaux de réfection de cette allée, une opération mouvementée !
C’est la commune qui prendra l’initiative des travaux par nécessité. Lors du conseil municipal du 2 décembre 1969, « Le Maire expose que l’allée de l’abbaye est en très mauvais état et reçoit journellement des plaintes des utilisateurs. Le conseil après en avoir délibéré reconnaissant la nécessité de faire les travaux nécessaires pour remédier à cet état de chose, charge le service des Ponts et Chaussées de faire l’étude de ces travaux. »
Le 28 janvier 1971 « Le Maire expose au Conseil Municipal que le Conservateur Régional des Bâtiments de France a informé qu’il avait la possibilité d’effectuer les travaux de réfection de cette allée en 1971. Le Conseil Municipal vote le principe d’une participation de la commune d’un montant de 50 % de la dépense soit 29 302,35F pour la commune et 23 974,65F pour le département. »
Quelques temps plus tard, le ministère des affaires culturelles et son ministre Edmond Michelet s’engagent à payer la totalité de la facture. Belle aubaine qui ravit le conseil, et pour remercier le généreux ministre, on décide de renommer l’avenue de l’abbaye « Avenue Michelet ». On lit dans le compte rendu du conseil municipal du 11 février 1971 « Le Maire propose d’appeler Avenue Edmond Michelet l’Allée conduisant à l’Abbaye de Pontigny. M. Edmond Michelet, ministre des affaires Culturelles ayant contribué personnellement par son appui pour la restauration de cette allée. » Une façon également de lui rendre un hommage posthume, car il décédera quelques mois plus tôt, en octobre 1970.
Mais le nouveau ministre des affaires culturelles, Jacques Duhamel, ne tient pas la promesse de son prédécesseur et affecte la somme promise à la cathédrale de Dijon ! Désillusion et colère du nouveau conseil municipal et de son nouveau maire Henri Bousquet élus en mars 1971. La commune refuse de payer les 29 302,35F, si bien qu’elle fera l’objet d’une mise en demeure de la part du ministère des affaires culturelles en date du 13 août 1973, transmise par la perception de Montigny La Resle.
Et bien évidemment, l’allée ou plus précisément l’Avenue de l’abbaye ne changera pas de nom !
Manifestement ces travaux suscitent la curiosité de nos grands élus puisqu’en 1972 (on oublie de préciser le jour et le mois dans le compte rendu), le ministre Jean Chamant[5] et le conseiller général du canton de Ligny le Châtel Gaston Houssier sont invités à la réunion du conseil municipal et « interviennent sur les travaux de l’allée de l’abbaye. Un apéritif d’honneur termine cette réunion d’information des plus amicales. Une visite des travaux en cours dans l’allée de l’abbaye clôturera cette sympathique venue de M. Le ministre Chamant en notre commune. »
En 1985 , la commune acquiert les contre-allées.
Les contres-allées (les bandes enherbées avec les tilleuls de par et d’autre de l’allée) étaient la propriété de l’ADAPT[6]. Le 8 janvier 1985, le conseil accepte l’achat de ces contres-allées à l’ADAPT pour le franc symbolique.
A ce qu’on dit, « Schneider » va privatiser l’allée de l’abbaye ?
Lors du conseil municipal du 15 novembre 2022, voilà notre allée au cœur d’une controverse. Le conseil à la majorité valide le principe de mettre à disposition de la Fondation Schneider, le porche (la porterie) sous bail emphytéotique d’une durée de 30 ans. S’ensuit une vive discussion portée par plusieurs élu(e)s, car, selon eux, la fondation Schneider, en disposant de la porterie pourrait aisément privatiser l’allée de l’abbaye. L’histoire ne dit pas si M. Schneider, une fois propriétaire, allait baptiser sa prestigieuse avenue de son nom !
Cette polémique a été initiée et alimentée par des tracts distribués dans les boites à lettres par le « Groupe de soutien citoyen pour Pontigny » émanant de la Fraternité Saint-Pierre, candidat malheureux à l’acquisition du domaine abbatial et qui a cherché à discréditer le projet de la fondation Schneider. Dans un des tracts, on lit que l’acquisition de la porterie serait « une manœuvre tentée pour contrôler l’accès à l’abbatiale car celui qui possède la porte, privatise l’entrée des lieux. »
Des voix différentes se sont demandées comment, une fois cette voie privatisée, on allait pouvoir se rendre à l’école, à l’église et au cimetière ! On aurait pu également penser que le classement de l’avenue de l’abbaye au titre des monuments historiques la protégeait.
Allée désormais piétonne ?
Dans une note d’information distribuée en août 2025, le maire, Emmanuel Maufroy, informe la population qu’il a pris la décision de rendre l’allée de l’abbaye piétonne. « L’accès sera fermé sous le porche côté cimetière et entre le porche et le monument aux morts côté RN 77. » La mise en place se fera début octobre.
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Des recherches historiques antérieures à 1960 permettront de compléter ce texte. Chacun est à même d’apporter sa contribution.
Octobre 2025
C. Henriat
[1] Le préfet exerce une tutelle sur les collectivités locales. Avant la loi de décentralisation du 2 mars 1982, toutes les délibérations doivent lui être transmises pour autorisation avant exécution. On imagine le poids énorme de cette bureaucratie. Aujourd’hui le contrôle s’exerce toujours, mais il est à posteriori. Les délibérations doivent être transmises à la préfecture dans un délai de 15 jours. Et le contrôle est sans doute plus léger.
[2]Andrée Merle est tuée le 6 octobre 1943, à l’âge de 17 ans, suite à l’explosion du train de munitions qui a engendré la destruction de sa maison qui était située au 7 de cette rue.
[3]La rue Robert est débaptisée et devient rue abbé Tauleigne. Mais qui était ce « Robert » ?
[4]Pour une avenue, mieux vaut parler d’une basilique plutôt que d’une église, fut-elle abbatiale !
[5]Jean Chamant 1913-2010, exerça toutes les fonctions électives (le cumul des mandats étaient autorisés alors) : député de la deuxième circonscription de l’Yonne de 1946 à 1977, plusieurs fois ministre des transports entre 1967 et 1972, maire d’Avallon de 1977 à 1983, sénateur de 1977 à 1995, conseiller général et président du département de l’Yonne de 1970 à 1992, conseiller régional et président de la région Bourgogne de 1974 à 1978. Grande figure politique du département, il était surnommé le « Roi Jean ».
[6]L’ADAPT ou Ligue pour l’Adaptation du Diminué Physique du Travail, créée en 1928 , propose des formations professionnelles pour les personnes handicapées. L’ADAPT s’installera dans le domaine abbatial de Pontigny en 1968, elle le quittera en 2006 après l’avoir vendu à la région Bourgogne.