Mémoires de Pontigny: LA SALLE DES FÊTES DE PONTIGNY
UN SERPENT DE MER
Premier épisode, en 1978, on engage un architecte pour un projet de salle municipale
Les manifestations diverses organisées par l’école (spectacle de Noël), la municipalité et les associations naissantes (repas, bals) se déroulaient dans les salles du domaine prêtées par l’ADAPT, le dortoir des convers ou le réfectoire. Une solution de facilité qui explique sans doute le retard pris par la commune pour réaliser une salle des fêtes.
C’est en 1978 que le conseil municipal et son maire R. Pisceri décident donc de bâtir une « salle municipale ». Dans le compte rendu du 29 septembre 1978, on lit : « Le conseil municipal après en avoir délibéré, décide de demander à l’architecte de la commune, M. Pierre Mégiès, de faire le nécessaire, plans, devis et toutes suggestions afin de permettre d’envisager la construction d’une salle municipale devenue indispensable».
Comme on venait de réaliser le nouveau terrain de foot et qu’on prévoyait un vestiaire, l’architecte propose alors un bâtiment unique, avec au rez de chaussée, « le vestiaire douche », et au-dessus,
« une salle polyvalente ». Ce choix est entériné par une décision du conseil municipal le 12 juillet 1979.
Un Mille-club fera l’affaire en guise de salle de salle polyvalente ou de salle des fêtes. Les Mille- clubs ont été une initiative du ministère de la Jeunesse et des Sports à partir de 1966. C’étaient des structures préfabriquées, légères, aux modèles identiques. De véritables passoires thermiques, avec des murs de 4 cm, l’épaisseur des huisseries. Ils n’étaient pas destinés à devenir des salles des fêtes.
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Les Mille- clubs ont été une initiative du ministère de la Jeunesse et des Sports à partir de 1966. C’étaient des structures préfabriquées, légères, aux modèles identiques. De véritables passoires thermiques, avec des murs de 4 cm, l’épaisseur des huisseries. Ils n’étaient pas destinés à devenir des salles des fêtes.
Ils devaient permettre « une diffusion et un accès aux animations égalitaires sur tout le territoire », en clair accueillir une maison des jeunes comme cela a été fait à Saint-Florentin ou à Ligny Le Châtel. Une époque où l’on croyait encore au concept «d’éducation populaire» développé après la guerre, concept aujourd’hui disparu, tout comme les Mille-clubs que l’on ne voit plus dans le paysage des communes, sauf à Pontigny, une relique aux allures d’OVNI, à l’aspect désolé et dégradé que nous entretenons tant bien que mal. Heureusement située à l’écart du village, notre triste salle des fêtes se fait oublier.
En septembre 1981, on officialise l’ouverture. On réalise « la visite du service de sécurité, le mille- club est conforme mais il est nécessaire pour question d’économie d’énergie de faire deux faux plafonds dans les parties hautes et un revêtement de sol, ceci pour un entretien plus facile ».
En août 1984, on achète le Pré Neuf. En 1985, on aménage une partie de ce terrain en parking. Parallèlement, on lance l’étude d’un projet de salle polyvalente, de salle des fêtes ou de centre culturel (on trouve ces trois désignations) sur les autres parties de ce terrain. Trois ans après la réception du Mille-club, considéré comme la salle des fêtes du village, celui-ci est apparu trop petit pour accueillir les manifestations qui à l’époque pouvaient recevoir un public plus nombreux qu’aujourd’hui. Mais très vite, il n’est plus question de salle des fêtes mais de centre culturel ! On abandonne la réalisation d’un équipement au service de la population pour un projet touristique et culturel. D’où vient cette lumineuse idée, étrangère aux aspirations des habitants de Pontigny ? Je n’ai pas la réponse.
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Dans l’étude publiée en deux parties en mars puis en août 1993, on trouve la définition de ce centre culturel. « La municipalité et ses partenaires institutionnels et associatifs mènent une réflexion sur la réalisation d’un centre culturel permettant d’être le point fédérateur et organisateur d’un tourisme ciblé, permettant de renforcer l’image sereine, culturelle et cultuelle de qualité du site et de son environnement. Deux axes de réflexion doivent être envisagés, le tourisme et le culturel où l’abbaye serait un élément signifiant non déterminant
La maquette du centre culturel.On reconnaît la maison Pierot, la halle et la grange intégrées au projet.
par rapport aux activités qui pourraient y être pratiquées. Et encore : « Un centre culturel s’intégrant dans une image des hauts lieux cisterciens dont l’abbaye serait le phare ». En matière de verbiage, difficile de faire mieux !
«Le futur centre offrira environ 395 m2 de surfaces réservées au public (expositions, manifestations, conférences, etc.), les locaux d’accueil et annexes (cuisine, vestiaire, sanitaires,…) sont en communication directe avec les salles.»
On liste ses ressources financières : « Le centre culturel trouvera des sources de revenus en louant les salles pour des expositions, des classes patrimoine et découvertes, l’apprentissage de la musique, du chant, des ateliers de créativité, l’organisation de repas médiévaux avec animation. En période creuse, les salles pourront être louées à la demande des habitants ou abriter des animations locales. » On prévoit une boutique pour la vente de différents produits.
L’ investissement est de 6 000 000 frs. De cette somme la commune devra rembourser 1 600 000 frs et contracter un emprunt à 10,5 % sur 15 ans avec une annuité de 216 400 frs. Mais ce n’est pas tout, il y a le fonctionnement de 685 000 frs avec des recettes attendues de 237 000 frs. La commune s’engagerait à en payer 96 000 frs par an pour le seul fonctionnement. Le reste serait payé par le département et la région. Le budget de la commune en 1994 s’élève à 2 470 000 frs !
Changement de stratégie en 1990 car on achète la maison et la grange Pierot qui se trouvent dans le périmètre du Pré Neuf et qui pourraient accueillir le fameux centre culturel. On lit dans le compte rendu du conseil municipal du 10 mai 1990 :
« Le conseil municipal, après en avoir délibéré, décide d’acquérir la propriété des Consorts Pierot pour un montant de 720.000 frs. Cet achat important pour notre commune, permettra très rapidement de créer un centre culturel étant donné la situation géographique de cet immeuble. D’autre part, il serait intéressant dans les années à venir de transformer les dépendances afin de créer une salle des fêtes, salle qui nous fait actuellement défaut ».
En 1994, on décide d’effectuer une première tranche de travaux dans la maison Pierot pour un total de 832.325,45 frs HT. On recourt à un emprunt de 800 .000 frs sur 15 ans au taux de 6,50 %.
Le 9 juin 1995, on inaugure la maison Pierot appelée « le centre d’activités communales », dénomination qui n’a pas perduré. Au rez de chaussée on y a installé le Syndicat d’initiative, une bibliothèque, à l’étage une salle destinée aux associations et une autre pour le service de soins à domicile (ADMR). Tout cela n’a rien à voir avec le projet initial de centre culturel.
On pouvait penser que l’achat de la maison Pierot et de la grange Pierot allait mettre fin au projet de centre culturel et que la salle des fêtes allait devenir prioritaire. Pas du tout, on s’entête ! On prévoit donc une deuxième tranche de travaux qui concerne une construction nouvelle, le centre culturel, le vrai.
Mais face à l’énormité et à l’infaisabilité du projet, nos élus dans un éclair de lucidité, prennent peur. Le 21 octobre 1994, « le conseil municipal après en avoir délibéré, décide à l’unanimité d’abandonner le projet d’un Centre Culturel à Pontigny ». Dans le bulletin municipal publié début 1995, le maire, J. Vancraenenbroeck indique : « L’installation d’un centre culturel avec salle des fêtes avait été envisagé… Malheureusement le financement promis par la Région et le Département ayant fait défaut, le projet ne pouvait voir le jour avec les seules ressources de la commune et le projet est annulé. La prochaine municipalité devra envisager la création d’une salle des fêtes, Pontigny étant la seule commune du canton a en être dépourvu ».
Ce projet était voué à l’échec pour quatre raisons :
- La mairie se lance seule dans ce projet alors que l’étude prévoit d’engager les collectivités locales et la DRAC. Et lorsque le président du conseil général , M. De Raincourt, reçoit l’étude trois mois après sa publication, il adresse alors un courrier au maire dans lequel il dit clairement avec précaution que le département ne s’engagera pas.
- L’objet même de ce centre culturel et de ses activités reposent sur des hypothèses audacieuses.
- Ce projet était justifié par rapport à « un patrimoine culturel de très haute qualité », le domaine et l’église donc. Mais à cette date, le domaine occupé par l’Adapt n’est pas accessible !
- Et il y a l’aspect financier. La commune est endettée. Les 10 parcelles du lotissement rue Saint Thomas tardent à se vendre. On est obligé de rééchelonner la dette que l’on ne peut rembourser par manque des recettes attendues par la vente des parcelles. La dernière sera vendue en 1996.
Et puis il y a l’achat du Pré Neuf , de la maison et de la grange Pierot, des travaux de charpente sur la halle en 1985, la construction de toilettes publiques » autrement nommées « bloc sanitaire » en 1992 par l’entreprise Garnier et les travaux de réhabilitation de la maison Pierot en 1994.
On se souviendra qu’en 1998, Fabien Fenard, employé communal et maçon de formation, réalisera le beau carrelage de la halle avec des carreaux donnés par la tuilerie Aléonard.
L’achat opportun et judicieux du pré Neuf, de la maison et de la grange Pierot étaient déjà de grosses dépenses. Manifestement, on s’est emballés et passionnés pour ce projet de centre culturel, totalement démesuré et bien trop ambitieux pour Pontigny et à la réussite aléatoire. Il nous reste en mairie une superbe maquette et deux boîtes d’archives.
Dans un article de l’Yonne républicaine du 2 mars 2006, le maire, Michel Leroyer, revient sur la salle des fêtes : « Les questions qui se posent quant à l’étude d’une salle des fêtes ne trouveront de réponses que plus tard : est-ce un besoin fondamental ? Est-ce absolument indispensable ? Telles sont les questions auxquelles il faudra répondre sachant que la salle du Mille-club a été entièrement rénovée.» On venait d’y installer la cuisine.
En 2008, l’étude préalable à « l’Opération Cœurs de Villages Plus » sur la commune de Pontigny est publiée. Un dossier de 110 pages. On prévoit 7 opérations différentes : 1) prélature : logements et Office de tourisme, 2) grange Pierot, médiathèque et salle socio-culturelle, 3) maison Pierot salles d’exposition, 4) dans la poste, un cabinet médical, 5) aménagement du centre bourg et de la RN77,
6) aménagement du Pré Neuf, 7) aménagement près du lavoir.
L’une de ses actions concerne « la création d’une médiathèque et d’une salle socio-culturelle » nommée « salle des fêtes » sur le plan. Le budget prévisionnel de l’ensemble des aménagements est de 3 684 678€. De tout cela on ne fera rien, on ne retiendra pas même une action parmi les 7 prévues.
Le « Centre culturel » début des années 90, l’« Opération Cœurs de Villages Plus » en 2006-2008, l’un comme l’autre, ces deux projets totalement démesurés et irréalisables nous conduisent dans l’impasse. Au travers de ces deux échecs, la pertinence de la gestion de notre commune est questionnée avec le sentiment amer que l’histoire se répète.
Il ne faudrait pourtant pas. Une étude en vue de l’aménagement du village, portée par la communauté de communes Chablis Villages et Terroirs et la société Cambium 17, réalisée en 2024, nous promet rénovations et transformations de notre cœur de village en lien avec le développement promis et engagé du domaine abbatial par SAS La Terre. Fin 2024, la population de Pontigny a été par deux fois informée et consultée à l’initiative du cabinet d’étude. J’ai participé à ces deux réunions. Dans les attentes formulées par les participants, il est à nouveau question d’une salle des fêtes.
La commune de Pontigny est tiraillée entre le développement touristique qu’elle souhaite mettre en valeur et le bien vivre au bénéfice de ses habitants. Il conviendra d’être vigilant et veiller à ce que le développement du domaine abbatial ne se fasse pas au détriment de la population, de ses besoins. Attendons et exigeons la publication de l’étude de la société Cambium 17. Y sera-t-il question d’une salle des fêtes ? A suivre...
Janvier 2026
C. Henriat